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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 14:20

Shangrila

La route vers Zhongdian (Shangri-La) ne passe pas par la gorge du saut du tigre, un canyon de 2000 mètres de profondeur (une des très belles randonnées du  Yunnan mais trop difficile). Cela protège momentanément l’environnement. Pas pour longtemps car une énorme route sur pilonnes est en train d’être construite à travers la gorge. Des barrages sont aussi en planification histoire d’inonder des villages.

La route emprunte la vallée parallèle qui alterne rizières et champs de fraises.

04-Shangri-La---route-depuis-Lijiang-04.JPG

A la pause, nous allons en acheter pour le gouter, ainsi que quelques autres victuailles pour le déjeuner! Alors, au menu ce midi dans le bus: brochette de patates graisseuses mais pas cuites (miam!), pomme, madeleines pas très bonnes  … c’est tout. Cela tient au ventre et c’est tant mieux parce que la route commence à tourner et à monter sévèrement.

Nous abordons le haut de la vallée et les pics blancs commencent à gratter les nuages.

04 Shangri La - route depuis Lijiang 05

Une heure plus tard, c’est l’arrivée sur le plateau à 3300 m et le monde change radicalement. Plus de végétation mais des étendues brunes que la neige vient de délaisser. Un petit froid vif qui balaye la plaine, poussé par le vent. Des habitants plus basanés, montés sur de petits chevaux, avec des coiffes colorées, qui mènent des troupeaux de vaches et de yaks. Des stupas blanches et des petits drapeaux partout.

04 Shangri La - route depuis Lijiang 06

04 Shangri La - route depuis Lijiang 07

04-Shangri-La---Yack-07.JPG

Bienvenue au Tibet, enfin pas loin du Tibet! Pour nous, c’est comme un retour au Népal.

Il fait beau quand nous roulons dans le bus et au bout des 5 heures de route, il pleut quand nous arrivons en ville.

Nous nous faisons déposer en ville et je pars inspecter les auberges recommandées par le Lonely. Virginie et les enfants sont installés dans un café où règne un poêle à bois qui maintient la température à 25°C tandis qu’il fait 4°C dehors. C’est le printemps à Shangri-La, la neige a disparu, les routes sont ouvertes, la température est remontée à 4°C.

Je fais le choix d’une auberge dans la vieille ville dont les chambres ont l’air plus chaudes que dans l’autre (il n’y a pas de chauffage dans les hôtels de la ville, c‘est le printemps), malgré leurs fenêtres ouvertes.

En fait, une fois installés, nous nous rendons compte que les fenêtres des chambres étaient ouvertes lorsque je suis passé pour une raison évidente: les lits viennent d’être lasurés et l’odeur de verni est prenante. Heureusement que je n’ai payé qu’une nuit au lieu des trois car nous ne resterons pas ici. Nous ressortons vite pour visiter un peu la vieille ville sous la pluie et chercher une autre chambre pour le lendemain. En sortant du restaurant, nous passons par la place centrale où les gens du village ont entamé une danse. Pas pour les touristes (il n’y en a pas beaucoup) mais pour eux. Cela met de bonne humeur et cela réchauffe.

La nuit est froide mais les couvertures chauffantes font de l’effet. Le pire reste l’odeur qui donne mal à la tête et nous empêche de nous endormir.

Après avoir opéré le changement d’hôtels (vers l’auberge de jeunesse toute neuve), nous abattons l’école puis allons nous promener sous la pluie fine. Nous traversons la vieille ville et ses ruelles en pente, ses maisons en bois et ses petits drapeaux pour aller vers un temple qui surplombe les environs.

 

 

04-Shangri-La---Vieille-ville-03.JPG

Une petite grimpette glissante nous amène jusqu’au site que nous visitons dans le sens des aiguilles d’une montre, pendant que les moines psalmodient dans les volutes d’encens.

Le site compte aussi un édifice bien pratique: un moulin à prière géant, qui contient des dizaines de milliers de petits moulins sur lesquels sont gravées des centaines de milliers de prière, si bien qu’un tour du grand moulin envoie d’un coup 12,4 milliards de prière (exactement). Pour bien faire, il faut faire faire 3 tours au moulin.

Pas facile quand même.

04 Shangri La - Guishan park 06   04 Shangri La - Guishan park 07

Aux abords de ce temple, il y a aussi 2 musées. Un à la gloire de la grande marche des camarades de l'armée rouge de libération, brisant en passant les chaines de l'oppression de leurs frères tibétains éternellement reconnaissants. La marche n'a pas eu l'air d'être facile dans la région. L'autre musée "s'intéresse" aux ethnies locales et présente leurs costumes, quelques rites et dédie un étage aux médecines traditionnelles où il est possible de demander une consultation. Pas de chance pour nous, des groupes de chinois font la queue! Voyons le côté positif, cela nous évitera de devoir avaler de la bave de grenouille.

La pluie et le froid ont raison d'une partie des troupes qui rentre à la base pour se réchauffer, faire de l'internet, jouer aux cartes. Je pars alors en reconnaissance en escaladant à travers champs la colline qui surplombe la ville pour avoir un peu de vue.

Sur le chemin, je croise un chörten coloré et un temple désert.

04 Shangri La - Chörten 03

04 Shangri La - Chörten 02

La vue est en revanche plutôt bouchée. Je décide de couper à travers champs (qui descendent et qui glissent) et rues pour atteindre l'autre côté de la cuvette où trône un étrange bâtiment, sûrement un monastère.

Les quartiers que je traverse ne sont pas les plus reluisants de Shangri-La et je croise autant, si ce n'est plus, de vaches que d'habitants.

04 Shangri La - Vieille ville 12   04-Shangri-La---Vieille-ville-11.JPG

Au bout de 5 kilomètres sous la pluie (j'avais mal calculé), j'atteinds enfin cet édifice imposant, bas, au style tibétain, qui n'est autre que ... le stade de foot, autre lieu de ferveur religieuse.
Une heure plus tard, je suis de retour à la maison, gelé, trempé, à temps pour aller manger.

Le repas n'est pas mauvais mais je n'ai pas faim, je ne me sens pas très bien en fait et je quitte le restaurant. La nuit suivante, je joue au yéti dans la salle de bains en faisant des bruits effroyables. C'est un jeu marrant et je joue toute la nuit.

Au matin, comme il fait plutôt clair, nous nous poussons dehors malgré la mauvaise nuit et allons visiter le monastère qui se trouve à quelques kilomètres au nord de la ville. Ce monastère, dont on dit qu'il vaut à lui-seul le déplacement jusque ce lieu reculé qu'est Shangri-La, est vieux de 300 ans et abrite 600 moines. C'est le plus important monastère du Sud-Ouest de la Chine. Nous nous préparons à un moment intense dans la salle commune au milieu des prières et nous briefons les enfants sur les consignes de silence. Le ticket d'entrée est passé de 30 à 85 yuans pour une raison, pas évidente au début, mais frappante à l'approche du site.

L'augmentation du ticket finance les travaux. Finis les murs centenaires en boue séchée, vive le béton! La moitié de la ville monacale est en travaux, si bien que les rues sont difficilement navigables. La salle commune est un gros chantier de grues. Les moines sont invisibles. Quelques chapelles déjà refaites annoncent la couleur (vive). Qu'importe l'histoire, vive le tourisme clinquant.

04 Shangri La - Ganden Sumtseling Gumpa 09

04 Shangri La - Ganden Sumtseling Gumpa 05

Atteignant la fin de ma courte autonomie physique et épuisant les dernières gouttes de compassion à l'égard des gardiens du patrimoine chinois, nous rentrons en ville, déçus.

Pendant que je simule un coma dans mon lit, Virginie emmène les enfants manger puis leur fait l'école avant de les divertir avec un dessin animé. Dehors, toujours 4°C et du gris, pas trop envie de se balader.
Le soir, pendant que je me régale d'un riz blanc réchauffé, Virginie et les enfants se font un resto puis la traditionnelle danse de rue (tous les 2 jours). Encore quelques jours ici et ils pourront danser aussi. Mais bon, encore quelques jours ici, et ils seront bons pour une déprime profonde.

Le lendemain matin à l'aube, nous expliquons avec force gestes et interjections à un conducteur de taxi que nous souhaitons nous rendre à l'aéroport (oui, le vroum-vroum avec les ailes). Une fois les bagages enregistrés, alors que nous nous apprêtons à prendre des photos de yaks qui paissent en bord de piste, je m'aperçois que Louis a oublié son sac à dos et tous ses trésors dans le taxi.

Je hèle une voiture et tente d'expliquer que je souhaite retourner en ville. Où en ville? Trop compliqué à expliquer, je mime le trajet et l'endroit (c'est pas fastoche). Heureusement que j'ai brièvement côtoyé des sourds-muets chez Airbus (pas mes collègues, des vrais sourds et muets). Cela fait bien marrer la chauffeuse de taxi mais au moins cela marche. Une fois sur place, le taxi est invisible.

Un grand moment de solitude quand je dois expliquer à des personnes sur la place que je cherche un chauffeur de taxi qui m'a emmené ce matin à l'aéroport parce que j'ai oublié le sac de mon fils sur la banquette arrière. Soit je suis nul, soit ils n'ont pas assez fréquenté de sourds-muets. Non, je ne veux pas aller au lac gelé. Non, je ne veux pas aller dans la montagne. Non, je ne veux pas voir le monastère. Non, je n'ai pas faim. Non je ne veux pas aller à l'aéroport, enfin si, mais après. Le temps passe et c'est l'impasse. Tout à coup, je crois reconnaître le taxi qui tourne au coin d'une rue et je me mets à courir. C'est effectivement lui et il ne me reconnait pas. Il a conduit un touriste il y a 30 minutes à l'aéroport, il n'y en a pas d'autres en ville réveillés à cette heure! En même temps, cela peut agacer de déposer quelqu'un quelque part et de le retrouver au point de départ qui demande à repartir ! Où est la caméra cachée et l'équipe de Marcel Beliveau?
Je bondis dans le taxi, prends le sac et bondis dans un autre taxi qui m'attend et démarre sur les chapeaux de roues. Un peu à la Jackie Chan (enfin plus Jacky que Jackie).

Doudou est sauvé et le reste du voyage aussi! Le temps est clair, tout va bien.

04-Shangri-La---Montagne-02.JPG

Nous embarquons pour Kunming, puis quelques heures plus tard directement pour Guilin, après un déjeuner à l'aéroport pire que ceux dans le bus. Enfin presque directement car l'avion fait une escale inattendue à "Baise", au milieu de nulle part. Enfin, nous ré-embarquons dans la boite d'allumette pour atteindre Guilin.

Du hublot, nous apercevons le paysage inondé de vert. Cela va changer du blanc-bleu-gris que nous avons quitté.

05-Guilin---Arrivee-avion.JPG

Enfin, pour le gris ... cela fait une semaine qu'il pleut sur Guilin.

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Published by Famille Ducasse - dans Chine
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commentaires

Daniel 09/05/2011 21:32


Et après Guilin quel est votre programme : Xi'an ? ou directement Pekin ?


Famille Ducasse 10/05/2011 01:50



On part ce matin pour Xi'an puis Pingyao puis Pékin



Carole 09/05/2011 20:23


Moi je croyais que vous aviez fait en sorte de toujours avoir chaud... mais le printemps n'est manifestement pas le même partout !
Bon, Doudou est sauvé... le suspens était insoutenable !
Bisous


Famille Ducasse 10/05/2011 01:49



On n'a pas eu froid, sinon je n'aurais pas rendu les affaires chaudes il y a 4 mois! Celui ou celle qui dit qu'il ou elle a eu froid est une sale menteuse qui fait rien qu'à m'énerver!



Daniel 09/05/2011 09:07


Trés vivant ton récit..c'est bien mieux que Pekin Express..J'espère que le soleil sera présent pour vous du coté de Yangshuo et le fleuve Li car c'est superbe. Bises


Famille Ducasse 09/05/2011 10:05

Ben, pas vraiment en fait !