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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 03:47

Route de El Calafate vers le Chili. Comme partout en Patagonie, la plaine est battue par les vents. Quand c’est le chauffeur qui conduit ce n’est pas monotone, c’est beau. Des condors sur les bords de falaises prennent les courants d’air chaud et tournent. Des Guanacos passent tranquillement. Au loin, on aperçoit les montagnes qui se jettent dans l’eau du côté chilien.

A13 - vers Puerto Natales 4 

Comme Marcellin m’a passé sa bibliothèque musicale, je fais des révisions ou je rattrape des impasses. Aujourd’hui, en surfant la discographie complète de Johnny, je me rends compte que j’ai fait de grosses impasses! Johnny, il dit: « cette force qui nous pousse vers l’infini ». Nous, on hésite à pousser jusqu’à Ushuaia; il y a comme une lassitude de bouger tout le temps. On pourrait se promener tranquillement à Torres del Paine, prendre le temps à Puerto Natales, se poser à Punta Arenas, … Laisser filer le temps quoi!
Hop, hop, hop ! C’est quoi ce petit coup de mou, là! Il faut réagir! Il y a des moments où il faut savoir ré-enclencher la première et mettre un bon coup d’accélérateur pour ne pas caler.
Topo-briefing-décision:
- Bon, on a pris un billet de bus pour Puerto Natales et on a rendez-vous chez une famille de Chiliens donc on va y aller.
- Torres del Paine, il a neigé il y a 2 jours, il y a 3 chances sur 4 que la pluie y soit, 4 chances sur 4 qu’on se gèle en camping sauvage si on veut éviter le refuge parce que c’est trop cher et 2 chances sur 3 que les enfants traînent des pieds car ils ne sont pas d’humeur trek en ce moment. Le plateau de la balance n’est pas bien lourd de ce côté!
Bon alors le nouveau plan est clair: au lieu de rester 4 jours à Puerto Natales dans la famille Chilienne et à randonner à Torres del Paine, on file plutôt vers la Terre de Feu, on zappe Torres del Paine, puis on reboucle sur Punta Arenas. Cela rajoute 30 heures de bus mais c’est le meilleur plan.
Un plan qui a mijoté 7 heures dans le bus est sûrement un bon plan.

A13 - vers Puerto Natales 6

Arrivés à Puerto Natales après un long passage de frontière (tous les passagers du bus), nous nous réjouissons d’abord de la sagacité de notre plan: le vent ici coupe à travers les vêtements. Les Chiliens sont fiers et font semblant de ne pas le sentir, mais ça gèle ici! Puerto Natales est une ville qui a du charme: elle borde des eaux claires, une péninsule montagneuse enneigée rend l’accès à l’océan tortueux, les montagnes au Nord barrent le passage, le soleil qui troue les nuages invente de belles nuances de gris. Mais c’est une ville très modeste, désolée dès que l’on s’éloigne du petit centre.
Priorité: prendre les billets de bus pour Ushuaia car la destination est courue. Le bus est le lendemain matin à 6h45! Ou alors le surlendemain mais 40% plus cher. Ben on ne va pas les voir longtemps nos Chiliens en se pointant au goûter et en repartant à l’aube! Il va falloir expliquer nos changements de plan, et avec un vocabulaire de 20 mots dont gracias et Hola, ça va être coton! Avec un peu de chance, en assemblant les 18 mots qui restent dans le bon ordre, ça fait la bonne phrase!
Après avoir gravi la petite côte qui mène chez nos hôtes, nous sommes accueillis par Alison, la plus petite de la famille qui est venue voir ce qu’on pouvait bien faire à vadrouiller dans Puerto Natales.

Dans le guide, ils disent: « rien ne peut vous préparer à la beauté de Torres del Paine! ». Normalement, cela fait un choc. Pour les enfants, pas besoin d’aller jusqu’à Torres del Paine (oh le bon plan!), le choc, ils l’ont eu en arrivant à la maison. Il a fallu bloquer Louis dans la petite entrée parce qu’il faisait demi-tour. Théo a perdu instantanément l’usage de la parole, a développé une raideur du cou incapacitante et peut-être même une éruption cutanée.
Pourquoi? Ben parce que leurs traîtres de géniteurs les avaient jetés direct dans la gueule du loup: on n’était pas dans un hôtel impersonnel où tout le monde s’efforce de les ignorer malgré le bruit qu’ils font; on était chez de vrais gens qui ne souhaitaient qu’une chose: s’intéresser à eux, leur parler, jouer avec eux.

Bon, le cadre était aussi pour quelque chose. La maison était vétuste, faite de bric et de broc, la chambre au fond avec 2 petits lits, ouverte au vent, promettait de douillets moments de veille! Pour les dérider, on les a envoyés jouer dehors avec les enfants de la famille et les voisins, mais au bout de 2 minutes de foot dans la rue sous la pluie et dans le vent, avec les chiens qui leur sautaient autour, ils ont supplié pour rentrer. On part en ville faire des courses avec Gloria et Alison. Alison paye un tour de train jouet au supermarché à Louis et il adore. Elle est contente car il a l’air plus heureux qu’avant. Puis avec le temps, ils ont réussi à se ré-ouvrir, à trouver des jeux dans lesquels ils pourraient inclure Alison qui mourrait d’envie de jouer avec eux. Elle s’est occupée d’eux comme une maman, leur préparant des sandwichs et leur pelant des pommes pour attendre le dîner qui n’arriverait pas avant 22 heures. Nous aussi, nous nous sentions un peu décalés pour cette première expérience chez des hôtes qui manifestement n’avaient pas grand-chose mais voulaient nous donner tout. Pendant que Virginie était partie faire des courses pour le repas du soir et pour le p’tit déj/pique-nique/goûter du bus du lendemain, j’ai pu discuter avec la maman qui préparait le gâteau pour le soir, puis, Oscar, l’homme de la maison, est rentré de son travail de conducteur de bac. Sur la première cigarette, il a attaqué d’emblée en sollicitant mon avis sur le niveau de démocratie de la France, sur la politique Sarkozy, … Il m’a cuisiné 15 minutes puis est parti prendre sa douche. Après cette entrée en matière, nous avons partagé le maté, une pomme, des sandwichs en discutant philosophie, politique, humanité, éducation, … Oui, oui, avec mes 20 mots de vocabulaire. D’autres voyageurs sont rentrés de balade et ont préparé le dîner du soir en discutant. Après la bénédiction, nous avons partagé le repas commun, famille et voyageurs, en écoutant leur vision de la vie, leurs anecdotes. Ils vivent simplement, possèdent un restaurant/pension qu’ils utilisent pour accueillir constamment des voyageurs sous leur toit. Ils prêchent l’ouverture, la simplicité, l’abolition des différences, la générosité. Vers minuit est venu le moment d’aller se coucher. J’ai retrouvé Virginie et les enfants (des pingouins aussi, venus prendre le frais) dans la chambre, en sous-vêtements polaires, chaussettes et écharpes, sous 5 couvertures. Les enfants se sont collés à nous, façon moules sur un rocher en pente (les lits étaient en pente) et nous avons passé une courte nuit. Le matin à 6 heures, lever, rangement des sacs puis course dans les rues en pente pour attraper le bus. Le vent se lève tôt et il nous a accompagné jusqu’au bus; sympa!

Malgré les premiers moments de gêne, cette expérience a été magnifique! Cette famille était enchantée de recevoir des enfants et ils nous ont offert plus que leur hospitalité, ils voulaient vraiment nous faire rentrer dans la famille. C’était chaleureux, simple, généreux et très touchant. Notre plus belle tranche de vie avec d’autres personnes depuis le début du voyage. Des gens extraordinaires. Cela restera gravé dans notre mémoire pour longtemps, dans celle des enfants aussi, pour plein de raisons. Difficile de tout raconter.

Le guide avait raison: « rien ne vous prépare à la beauté »!

 

Puerto Natales

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Published by Famille Ducasse - dans Chili
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commentaires

Stanislas Geneviève 14/11/2010 12:30


Bonjour la famille Ducasse,
Emerveillés. Oui, nous sommes dans l’admiration de votre parcours. Quand nous avons appris la nouvelle, (assez tard d’ailleurs, car nous l’avons su plus d’un mois après votre départ), nous étions
très surpris. Quoi ! Romuald et Virginie sont partis sacs au dos avec les deux enfants pour un tour du monde ? Ils ont quitté la vie tranquille de leur petite maison toulousaine pour vivre les
aléas d’un tour du monde ?
Nous ne nous connaissons pas beaucoup. Une petite balade en bateau par mauvais temps n’a pas suffi à nous découvrir ; et pourtant je reconnais avoir vu dans les yeux de Virginie une petite lueur
qui en disait long sur son envie de vivre l’aventure…
Mais en tous cas, Bravo pour cette détermination à aller jusqu’au bout. Romuald a raison « Il faut se rendre à l'évidence, dans une vie, ce qui est important n'attend pas. Soit on prend le temps,
soit on perd son temps »
Depuis que nous avons connaissance de votre départ, nous regardons souvent votre blog, et je me surprends à m’inquiéter pour vous quand, au bout de trois jours vous n’avez rien écris de
nouveau…
Poursuivez bien ce périple, remplissez vos yeux de tout ce que vous verrez, et que Romuald (que nous avons découvert poète) continue de nous faire vibrer.
Amitiés de Geneviève (et Gaétan) Stanislas


Famille Ducasse 16/11/2010 22:44



Quelle heureuse surprise de te lire Geneviève!


Nous serions ravis d'avoir de vos nouvelles. Toulouse ou pas Toulouse?!


Effectivement, nous nous sommes croisés rapidement mais assez pour apprécier votre style de vie et croire que vous vous plairiez dans nombre des étapes que nous avons faites jusqu'ici!


Merci pour les encouragements à écrire, c'est très chronophage mais cela nous fait aussi du bien.


Au plaisir de vous lire et de vous revoir à notre retour.


Bises à tous deux


Romuald



laurent lellu 13/11/2010 02:51


Oh que cet article nous rappelle notre expérience chez l'habitant à Durban... Je vois le même "refroidissement" dans les yeux de nos enfants à la découverte de la maison. Comme pour vous, ça
restera une expérience inoubliable...
Nous aussi, nous lisons votre blog régulièrement avec grand plaisir...
A bientot surement...
Nelly et Laurent LELLU


veyrines 12/11/2010 19:06


Coucou la petite famille,
Je viens de faire découvrir votre site à ma femme. Je sens que l'on va en discuter tout le WE et les jours, les semaines qui suivent.
J'apprécie toujours autant de vous lire.
Bravo
Benoit.................. & Carole


Famille Ducasse 16/11/2010 22:50



Salut Carole et Benoit,


ce n'est pas une bonne idée de semer le trouble dans une famille de cette façon. Discuter dans un couple ne mène à rien de bon, et les
décisions prises en commun sont regrettables!


On vous aura prévenu!


Bises


Romuald



Laurent 11/11/2010 17:28


Eh bien, sacrée expérience ... qui me rappelle beaucoup la notre à Durban en Afrique du Sud. Des gens très simples mais tellement accueillants ! Ca doit être dans les gènes des Couchsurfer !


marcellin et anne DAGICOUR 11/11/2010 09:40


On est d'accord, l'hébergement chez les gens est le plus sûr moyen de découvrir un pays et la générosité de ses habitants. C'est ce qui fait de ce voyage une aventure humaine avant tout! Bon
courage pour la suite


Famille Ducasse 11/11/2010 13:34



Nous n'avions pas réussi jusqu'à présent à trouver de la place pour 4 mais quand on y arrive, c'est magique



Daniel 11/11/2010 08:37


Bravo pour ce texte vivant et rempli d'humanisme. C'est vrai qu'une simple escapade dans une famille locale est toujours marquante (nous avons eu une expérience similaire dans une ile péruvienne
sur le lac titicaca ou dans la famille d'un guide en chine) Bien évidemment pour les enfants c'est différent surtout dans une région froide ... Bises