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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 06:38

La deuxième manche qui nous oppose à Yangon commence semble-t-il à notre avantage. Nous échappons au racket des porteurs de l'aéroport, nous négocions bien le taxi pour nous emmener en ville, il fait beau. C'est une revanche écrasante mais nous ne fanfaronnons pas car nous sommes beaux joueurs.

Portés par notre début de partie, nous jugeons le premier hôtel où nous nous arrêtons trop cher pour les prestations. Il est pourtant central, donc pas loin de l'aéroport pour demain matin, propose 4 lits, possède un restaurant et internet gratuit (très rare). Mais il est fermé à la négociation et affiche un tarif de 45 dollars qui nous semble exorbitant.

Qu'à cela ne tienne, nous reprenons sacs sur le dos et valises en main pour battre le pavé. Sauf qu'à Yangon, cela manque de pavé, que la nuit tombe et que les enfants commencent à arriver à l'heure du grand énervement. Les trous dans les trottoirs et la route manquent plusieurs fois d'engloutir les sacs ou même les enfants; et pourtant nous faisons attention car il y a plein d'affaires que nous ne pourrions pas remplacer!

Après un gros kilomètre dans le noir, nous arrivons à un autre hôtel qui est complet. Dommage car il abritait à l'entrée toutes sortes d'animaux, de reptiles et oiseaux que les enfants auraient bien aimé étudier. Mais je reste insensible aux "Papa, papa, regarde le python jaune" et recharge les sacs pour repartir.

Un autre kilomètre et nous tombons dans les abords de la Shwedagon Paya. Le quartier est plus cher, il abrite le Savoy Hotel et autres pâtisseries. Ce n'est pas bon signe. Nous nous rabattons sur un hôtel qui a l'air vide et qui nous propose une chambre avec vue sur la Paya pour 49 dollars. Pas de restaurant dans l'hôtel (mais des bars dans le coin), pas d'internet, un grand lit et un matelas par terre, ... Tout ce chemin pour ça!

Nous commençons à comprendre que notre euphorie passagère nous a empêchés de voir le vrai jeu de Yangon. Nous avons foncé dans la gueule du loup tête baissée! A domicile, Yangon est imbattable. Las, nous prenons la chambre et demandons un taxi pour le lendemain 6h30. Une fois installés, la fille à l'accueil porte le coup de grâce: le petit-déjeuner n'est pas à l'hôtel mais au restaurant d'à côté et ne commence qu'à 7h.

Dans un dernier sursaut d'énergie, nous nous rebellons et obtenons un rabais de 5 dollars pour ces petits-déjeuners que nous n'aurons jamais et elle le savait! Cela nous prend plus d'une demi-heure et quand nous sortons pour essayer d'acheter quelque chose pour le petit déjeuner, les magasins sont fermés. Nous fonçons vers une échoppe repérée sur la route plus tôt dans notre vadrouille. La boulangerie Maxim's est encore ouverte! Oui, oui, Maxim's, avec aux fourneaux un français qui vend des viennoiseries à prix d'or en Birmanie. Quels peuvent être les clients? A part des gros nazes comme nous, il n'y a pas de locaux pour se payer des pains au chocolat à plusieurs dollars. Jetons un voile pudique sur le fait que l'achat de ce petit déjeuner de fortune (!) met le prix de la chambre au prix d'un séjour dans la navette orbitale américaine, lessive et repassage compris. Jusqu'à la lie ...

Après un repas sommaire dans un resto thaï qui a remplacé le resto du guide, nous sommes épuisés nerveusement de cette journée et nous retournons à l'hôtel profiter de notre vue:

06-Yangon---Shwedagon-paya-de-nuit.JPG

Pas terrible cette vue! Le comble est que les rideaux sont tellement fins que nous allons profiter de la lumière de la paya toute la nuit. Il en reste encore ou on a tout bu?!

Le lendemain, à 6h30, frais comme des gardons, je descends les valises du 3ème sans ascenseur. Le taxi est déjà là et il ne risque pas de partir sans nous puisqu'il a un pneu crevé! Je ne sais pas comment c'est possible. Peut-être qu'il est venu avec un pneu crevé, ou alors il a crevé subitement à l'hôtel, ou alors c'était le bon moment, à la fraiche pour changer un pneu pas encore crevé mais presque ...

Le gars nous dit qu'on va devoir attendre un peu (sans blagues!) et nous recomptons les minutes qui nous séparent de la fin de l'embarquement. 

06-Yangon---Taxi-du-matin-chagrin.JPG

Sur la route de l'aéroport, nous prenons du recul et nous admettons que nous avons des regrets à quitter un pays aussi beau et aussi attachant.

Nous sommes dépassés par des taxis collectifs remplis à ras bord de gens partant pour on ne sait où. Puis nous dépassons un gros camion estampillé "Police" avec des barreaux et des bras et des têtes qui regardent dehors. Des hommes et des femmes, un camion plein. Déjà, à Mandalay, nous avions dépassé une sorte de taxi collectif estampillé "Police", rempli de personnes. Et comme il contenait des enfants en bas âge, nous avions préféré penser: "Tiens, c'est dimanche, il doit y avoir une kermesse de la police et ils emmènent les familles"! Au lieu de "Tiens, encore une rafle de la police pour emmener les personnes au travail forcé! Et comme ils ont des enfants en bas âge, ils sont obligés de les emmener avec eux!". Mais là, avec les barreaux, il n'y a pas vraiment de confusion possible. On ne va pas à la kermesse derrière des barreaux, même pour ceux qui n'aiment pas particulièrement les kermesses.

En quittant ce beau pays, nous sommes rappelés à sa triste réalité. Il est en prison ce pays et nous étions en visite, sans les oranges. Alors nous reviendrons, mieux préparés, les sacs bourrés d'oranges de toutes sortes, et avec un peu de chance, il aura fini de purger sa peine injustifiée!

Après nous être acquittés des 40 dollars de taxe de sortie, nous nous envolons pour le Cambodge, Phnom Penh, avec une escale de quelques heures dans l'aéroport de Bangkok.

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Published by Famille Ducasse - dans Myanmar
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