Pingyao - dernières foulées langue pendante
Là, je vais peut-être vous étonner! Cela fait quelques jours que je vous dis que nous sommes fatigués. Et bien, c'est fini. Maintenant nous sommes épuisés. Des cernes capuches, irritables, nous avons rejoint le côté obscur de la force. Je me demande si ce n'est pas un des premiers symptômes du scorbut. Suivront ensuite les œdèmes des membres, les hémorragies, etc. Nous manquons de fruits et légumes frais, de lait, de repos.
C'est ballot car cela nous fait voir les choses du mauvais œil. Les Chinois par exemple. Ils sont super gentils, toujours à essayer de nous aider, curieux de tout ce que l'on fait, gagas devant les enfants, etc. Et nous, on s'arrête aux petites différences culturelles les plus visibles. Cela ne nuit pas vraiment à notre communication dans la mesure où il n’y en a pas. Mais c’est usant car on se sent irrités par toutes les petites choses au lieu de les laisser glisser et de voir les belles choses. C’est une spirale infernale.
Alors on va se reprendre. Peut-être pas aujourd’hui mais demain ou après-demain, …, au plus tard le 23 quand on quittera la Chine!
Pour l’heure, il est temps de partir pour Pingyao en bus et cela mobilise un peu d’énergie. Tous les hôtels de Pingyao étaient complets lorsque nous avons fait nos demandes mais l’auberge de Xi’an nous assure qu’ils ont pu nous trouver quelque chose pour 4 à Pingyao. Il n’y a qu’à téléphoner au propriétaire avant d’arriver pour qu’il vienne nous chercher.
Le voyage en bus avec Louis sur les genoux se passe plutôt bien. Cela rappelle l’Amérique du Sud et 7 heures, c’est vite passé! Pour une fois, le bus fait une pause dans une station service et cela nous permet d’acheter des nouilles! Les petits films de guerre genre boucherie, ou de tremblements de terre genre charcuterie, font agréablement passer le temps.
Arrivant aux alentours de Pingyao, nous demandons au chauffeur d'appeler l'auberge pour les prévenir de notre arrivée. Bonne idée car le chauffeur passe un péage, nous dépose sur le bord de la route puis redémarre dans l'autre sens. Quelques minutes plus tard, un gars s'approche de nous avec un téléphone à la main et nous le tend. A l'autre bout du ... faisceau satellite, une voix anglaise nous demande de suivre cette personne et de faire le trajet en voiture avec lui. Cela fait un peu film d'espionnage mais je doute que quelqu'un ait pu nous confondre avec une équipe d'intervention du Mossad. Ou alors un aveugle. Sourd en plus. La voiture se gare dans les murailles de Pingyao puis nous finissons à pied à travers les petites rues.
Nous n'avons pas le temps de poser nos sacs que l'argent des 2 nuits a déjà changé de mains et qu'on nous invite à voir notre chambre. Même au bout de 9 mois, on arrive à se faire avoir et à payer une chambre sans l'avoir vue; c'est dire le niveau de fatigue. Au bout du second patio, joli par ailleurs, nous découvrons la chambre qui fait la joie des enfants et met à genoux les parents.
Une petite pièce mais assez grande pour contenir un lit dans lequel nous dormirons à quatre. Il faut entasser les sacs les uns sur les autres pour marcher au bord du lit et atteindre la douche de 80cm sur 100cm, qui est putride et sent bon la mycose. Le lit, c'est du traditionnel imité. Il est donc en brique, recouvert d'un fin matelas. Eut-il été vraiment traditionnel, il y aurait eu une petite trappe permettant de faire un feu sous le lit pour les nuits d'hiver un peu rigoureuses. On appelle cela un "kang" en chinois ou un "prends ça dans les lombaires, particulièrement si tu as une sensibilité sur les L5-S1" en français (oui, je n'ai pas de sixième lombaire, comme me l'a fait remarquer une lectrice avertie).
Pour la taille de la chambre, je crois qu'on a déjà fait plus petit pendant le tour du monde. Pour l'état de la salle de bains, il y a peut-être cette chambre pourrie de Isla Grande dans laquelle nous sommes restés une nuit. Et encore. Mais bon quoi! Nous avons une chambre, c'est déjà cela!
Pour commencer doucement la journée, ou plutôt pour la finir, nous nous baladons dans les quelques axes de la vieille ville qui ont été refaits. Jolies tours, maisons retapées et patios accueillants, une foule de chinois bien sûr. La marche est assez agréable même si le nombre de rues touristiques est assez limité.
La nuit est ... familiale.
Après l'école le lendemain et des jeux dans la rue, nous allons justement nous promener dans les autres rues, celles qui n'ont pas été refaites, celles dans lesquelles habitent les locaux.
Là, c'est une toute autre ville qui s'offre aux regards. Une ville moyenâgeuse qui fait son âge, sale, en ruine, de petites ruelles et des petites pièces dans lesquelles les gens s’entassent. Elle perd de son charme, et bien vite elle attriste, car certains coins sont vraiment laissés pour compte, échappant aux regards et donc à la reconstruction et offrant des abris précaires, à quelques tours de roues des hôtels cossus qui font diversion.
Ce ne sont pas juste des quartiers populaires, ce sont des quartiers fatigués, usés, désolants.
L'après-midi, nous visitons de nouveau la partie émergée de l'iceberg, les maisons traditionnelles, les premières banques, les temples.
Puis nous reprenons un peu de hauteur et parcourons les remparts, en observant la ville de haut. 6 kms de long, 10m de haut, 72 tours de guet, édifiée en 1370, cette muraille permet aux enfants de s'amuser un peu, de courir et de repousser les envahisseurs Mongols.
Le soir, nous nous occupons du transport du lendemain. Nous voulions passer par Datong pour rejoindre Pékin, mais une étape de plus ne sera pas supportable, il faut couper et rejoindre directement la capitale. Cela fait trois semaines que nous courons; nous sommes en train de faire en 4 semaines le programme que nous avions prévu de faire en 8 semaines (avant que notre visa soit limité) et il faut être un peu plus réaliste sur les étapes.
Nous n'arrivons malheureusement pas à avoir de train de nuit pour Pékin, le bus va être trop long donc nous nous décidons pour un trajet en bus jusqu'à la capitale de la province (Taiyuan) puis pour un train express jusque Pékin (oui, oui, un Pékin Express). Moyennant une grosse commission à l'auberge, nous obtenons nos billets en avance.
Demain c'est Pékin ou Beijing et bientôt, c'est la rencontre avec la famille Milcent, avec qui nous discutons un peu par mail depuis l'Amérique du Sud, mais que nous n'avons pas encore réussi à croiser! Ils ont croisé les Lellu, les Fourcade et ils ont gardé le meilleur pour la fin! Qu'ils ont de la chance! Comme ils sont logés chez des amis, nous voulons faire jeu égal et nous louons un appartement à Pékin.
Il paraît qu'à Pékin, à part voir les Milcent et leurs 4 enfants, il y a 2 ou 3 trucs à faire pour occuper les 7 jours que nous allons y passer. Faut voir!