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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 09:54

Vers le Nouvel-An, il y aura peu d’articles car nous serons perdus je ne sais où, donc je programme celui-là qui est très général mais extrêmement sagace, pertinent, d‘un grand intérêt ethnographique.

Les touristes, c’est comme les moutons, c’est en troupeau et il faut les tondre.

Moutons et tourisme sont les 2 mamelles du développement de la Nouvelle-Zélande. Pour rattraper son stade assez jeune de développement, la Nouvelle-Zélande fait tout en accéléré. Le tourisme suit une courbe assez singulière et affecte gravement le paysage urbain et rural. Voilà comment cela se passe:

Lorsque 3 maisons se construisent dans une zone limitée, on appelle cela un village;
Si le village atteint 5 maisons, on construit un parking et des toilettes publiques;
Si le village atteint 6 maisons, on installe un magasin-poste-dépôt de pain, de lait, avec un rayon bières d’importations (françaises, allemandes, irlandaises, belges, italiennes, suédoises, norvégiennes, tchèques, …), la bière locale (Speight’s dans le grand Sud, CD dans le Canterbury) mais jamais, au grand jamais, la bière de la région d’à-côté;
Si le village atteint 7 maisons, on construit une école, 2 églises et un cimetière;
A 10 maisons, on construit le centre I-Site, syndicat d’initiatives pour les touristes, on creuse 10 mètres et on installe des bains d’eau chaude thermale. Le syndicat d’initiatives passe commandes de dizaines de panneaux marrons en prévision du développement futur (les panneaux marrons signalent les activités touristiques en Nouvelle-Zélande; il y en a autant que de moutons);
A 12 maisons, c’est le terrain de golf 18 trous et le camping;
A 15 maisons, c’est le seuil critique. On construit un aéroport pour offrir des activités de Skydive, de survol de la région en planeur, en hélicoptère, en biplans, en avion de chasse, en montgolfière, en parachute ascensionnel, en deltaplane, en catapulte; on creuse le cours d’eau pour aménager le parcours de kayaks d’eaux vives, de rafting, de speed boat acrobatique, de ski nautique, de jet-ski, de plongée, de scaphandre, de sous-marins panoramiques; on creuse la roche pour faire des galeries de spéléologie, pour faire déboucher des geysers, des coulées de lave, on implante des vers luisants, des chauves-souris; on construit les pistes de karting, de formule 1, de quad, de luge d’été, de zorb, … Bref, on se met au niveau de tous les autres villages de l’île; le maire de village qui ne fait pas ces investissement se retrouve dans le goudron et les plumes;
A 20 maisons, on frôle la mégalopole, il faut se spécialiser. Il faut se différencier, et là tout est bon. Il faut devenir la capitale mondiale de quelque chose. Après un petit brainstorm au vin local, ce village va se lancer dans le développement du tatouage sous les ongles; celui-là dans l’observation bio-dynamique des saumons (il faut remonter le courant avec les saumons et à chaque passage de chute, on vous projette vers l’amont avec un canon. C’est sans danger pour les ours, parce qu’ici, il n’y en a pas. Sinon, ça leur couperait la faim de voir débarquer un groupe d’américains s’écrasant en bombe dans leur assiette); celui-là dans la construction du premier funiculaire manuel (pas de moteur pour vous emmener en haut, il faut tirer la nacelle de 20 personnes de l’intérieur avec vos petits bras); tel autre dans la taille de menhirs à main nue… Attention, toutes les activités ne se valent pas.
Il ne faut pas oublier de faire passer un casting de nains assez rapidement pour le développement futur. En effet, il faudra vite commencer à organiser des tours avec le sigle « LOTR » ou « SDA » en français ou « Le Seigneur des Anneaux » en clair. Cela consiste à faire le tour de 4x4 classique ou le tour de bateau habituel mais conduit par un nain habillé en hobbit, grimé, avec une petite épée. Il vous emmènera sur les lieux de tournage du film (qui occupent toute la Nouvelle-Zélande), vous citera le film par cœur en vous montrant les lieux de bataille et vous pourrez refaire une bataille avec des épées en plastique que vous pourrez ensuite garder comme souvenir.

Passé le stade de 20 maisons, il n’y a plus de limite au développement de ces mégalopoles. Très peu atteignent ce stade cependant.
Queenstown, par exemple, mégalopole de l’île du Sud, avec ses 11 000 habitants, a un aéroport international et une équipe de rugby qui peut mettre la pâtée à une sélection européenne sans mettre les chaussures.

Résultat, la Nouvelle-Zélande est une île faite de micro-villes dans lesquelles on peut pratiquer toutes les activités les plus folles, mais à chaque fois les mêmes que partout ailleurs, si bien que l’on ne sait plus bien pourquoi on s’arrêterait dans celle-là plutôt qu’une autre. On ne sait plus si par hasard il n’y aurait pas, sous la masse d’activités, une belle chose à voir tout simplement.

Entre les villes, c’est une grande ferme d’élevage, alternant les moutons, les vaches et les biches. Il occupe même les parcs nationaux pour l’élevage!

La tâche principale pour le touriste consiste à apprendre à décoder les panneaux marron. Ces panneaux fourmillent mais mènent à des produits très différents.
Dans le meilleur des cas, les plus simples indiquent un site et le chemin à suivre pour arriver à un point de vue. C’est gratuit mais on ne sait pas si on va voir un arbre ou une forêt, un caillou ou une carrière entière, dans la mesure où tout est indiqué sans discrimination.
Si le panneau fait référence à un site géologique ou naturel un peu moins ordinaire (une grotte, un geyser, …, quelque chose à observer qui est dans un parc), il faut compter = 150 $. S’il y a un animal en jeu, c’est le double s’il marche (un kiwi), le triple ou quadruple s’il nage (un dauphin, une baleine), si l’activité vous fait décoller, le prix le fera aussi.
Au début, on essaye de suivre tous les panneaux pour ne rien manquer; au bout de 2 jours, on essaye de les éviter et on guette les panneaux de balades, les verts et jaunes, ceux du département de la Conservation de la Nature.

C’est comme pour les campings. La première fois que l’on se rend dans un camping site, on est séduit par l’équipement des lieux, les jeux pour enfants, les barbecues, les installations de cuisine et de toilettes. On se réjouit de pouvoir brancher son camping-car sur le secteur et d’avoir accès (payant) à internet. Puis on se souvient que l’on a déjà payé 4500 euros pour avoir un camping-car et que rajouter 100 dollars tous les soirs c’est économiquement impossible. Alors on oublie la douche chaude, puis on oublie la douche tout court, et on cherche des emplacements gratuits.

Avec tous les kilomètres parcourus à faible allure, le temps passé à chercher des endroits où s’arrêter et à lire les panneaux marrons, les journées passent vite et il faut donc compter au minimum 30 jours pour visiter cette île!

Bon, vous voilà prêts pour planifier votre prochain voyage en Nouvelle-Zélande! Enfin, si tel est le cas, je suis aussi prêt à vous donner des informations pertinentes.

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Published by Famille Ducasse - dans Nouvelle-Zélande
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commentaires

Daniel 29/12/2010 10:24


Bravo pour ce texte, j'aime bien l'image de l'équipe de rugby qui joue sans chaussures..Je suis étonné de voir que le climat n'est pas terrible durant cette saison. J'espère que cela s'arrangera à
partir de Sydney ...
Bises à toute la famile, passez de bonnes fêtes de fin d'année 2010, une année qui restera pour vous inoubliable. Daniel


Famille Ducasse 29/12/2010 22:10



Ici, les gens se plaignent de la sécheresse mais nous on ne voit que de l'eau.


Bises et bonne année.


A bientôt à Sydney, prenez de la crème solaire quand même!



sara 29/12/2010 10:16


ben finalement suis pas mécontente d'avoir opté pour la thailande moi ..en esperant que le temps sera plus sympa car il y a peu de kiwis, peu de glaciers, peu de lacs alors le repli sera
difficile....


Famille Ducasse 29/12/2010 22:09



Au pire, on pourra jouer aux bakoogans et aux Wings!